Dans ce billet, je vais décrire comment le coach agile doit se préoccuper de son ego et surtout comment il peut le faire évoluer positivement.

En écrivant, j’ai réalisé que je devrais faire preuve de beaucoup d’humilité pour aborder un tel sujet et éviter que mon ego ne m’influence. Le lecteur, lui aussi, devra faire preuve de beaucoup d’humilité pour que son ego lui permette d’expérimenter et d’apprendre avec ce qui est présenté dans ce billet.

L’ego, c’est quoi?

Il existe plusieurs définitions de l’ego mais allons-y simplement. L’ego c’est l’attachement à son image et c’est également lorsque les autres conditionnent notre image. Notre estime de nous s’est tout de même construite ou détruite avec les interactions sociales; mais pas seulement avec cela. Certains sont capable de garder leur ego en bonne santé en l’entretenant eux-mêmes. Un ego en bonne santé c’est quoi? C’est l’ego qui n’est pas trop fort, pas trop faible, celui qui nous permet d’être assez solide pour aider humblement les autres. Aider humblement les autres, voilà justement le rôle d’un coach agile.

L’importance de l’ego : On en a besoin mais on doit s’assurer de bien gérer sa grandeur. Ça commence par une prise de conscience de son importance, ça continue par une analyse objective de sa grandeur et, ensuite, ça nécessite un constant exercice pour éviter qu’il ne prenne trop de place. L’ego bien ajusté est un des ingrédients pour créer une personnalité forte, structurée et fonctionnelle.

L’ego doit être en équilibre à l’intérieur de nous mais, aussi, dans ce qu’on projette car notre image fait partie des outils de travail du coach agile. Projeter une assurance si grande et exagérée qu’elle semble fausse ou un gros manque de confiance en soi n’aidera pas le coach agile à devenir utile pour l’équipe.

Dans nos interactions avec les personnes qui nous entourent dans notre milieu de travail, il peut arriver que certaines situations nous valorisent et que d’autres soient plus difficiles à vivre. Nous devons apprendre de ces gains et de ces pertes et, surtout, ne pas laisser l’orgueil ou la peur gâcher le tout.  

Le coach qui, lors d’une intervention, se dit : « Est-ce que je m’en sort bien? » est dirigé par son ego. Ne serait-il pas mieux de se dire « Est-ce que mon intervention apporte quelque chose à ceux qui la reçoivent? » On ne se débarrasse pas facilement du contrôle de l’ego, il intervient souvent dans nos interactions avec notre entourage.

J’écris ce billet. Est-ce que je m’en sort bien? Heu… Non. Est-ce que ce billet vous apporte quelque chose à vous qui le lisez? Je me retourne vers vous, pas vers moi.

J’aime bien cette phrase de Mathieu Ricard :

« L’ego sain est l’ego transparent de celui qui dispose d’un vaste espace de paix intérieure dans lequel il peut accueillir les autres car il n’est pas obsédé par sa propre situation ».

Quand je relis cette phrase, je me demande pourquoi j’ai écrit le billet que vous lisez.
Cette citation dit tout!
Offrez-vous le plaisir de la relire.
Offrez-vous aux autres!

Un diagnostic de notre ego?

Voici quelques indices qui devraient vous permettre de savoir si votre ego prend trop de place dans vos actions :

    • Lors de vos rencontres, votre priorité est de réussir votre plan et non pas ce qui est bon pour votre équipe;
    • Lorsque vous parlez, vous le faites comme un expert, pas comme une personne qui veut apprendre ou qui est novice dans certains domaines;
    • Vous jugez votre entourage;
    • Vous ne demandez pas d’avis ou si l’on vous en donne, vous ne les écoutez pas. Si vous les écoutez, vous n’apprenez pas d’eux;
    • Vous évitez d’approfondir les sujets, vous restez en surface car c’est l’image qui compte;
    • Vous ne demandez pas d’aide;
    • Vous croyez que vous méritez ceci ou cela;
    • Vous n’échouez jamais;
    • Vous parlez plus que vous écoutez;
    • Votre valeur est ce que les autres pensent de vous et non pas ce que vous produisez.

Toute une liste n’est-ce pas! Et comme personne n’est parfait, il est fort probable que, tout comme moi, vous vous reconnaissez quelques fois dans certaines de ces affirmations. L’ego est vraiment rusé: Il fait tout en son pouvoir pour que vous ne vous rendiez pas compte que vous adoptez certains comportements énoncés ci-dessus. C’est là que l’aide d’un ami devient très utile pour éviter d’être berné par son ego.

C’est bien beau d’admettre que nous avons quelques fois de tels comportements mais, si nous voulons être un bon coach Agile, nous devons, maintenant, nous investir pour améliorer concrètement la gestion de notre ego selon ces dimensions.

Comment gérer son ego?

Voyons quelques méthodes très concrètes qui nous viennent de grands maîtres:

  • Premièrement: Lorsque je suis à l’écoute de l’autre à 100% dans le moment présent, je ne suis pas orienté vers moi mais vers l’autre. Comme coach agile, nous sommes vraiment chanceux car nous avons souvent l’occasion d’écouter les autres.
  • Une autre approche consiste à investir dans ces quatre activités de sagesse : Se brancher directement avec le réel, explorer, créer et être bienveillant envers soi et les autres.

Plus concrètement:

  1. S’émerveiller: Lorsque j’admire un lever de soleil, je ne pense pas si je suis beau ou pas! Je suis branché sur le monde qui m’entoure, pas sur moi.
  2. Explorer: Lorsque j’explore une nouvelle approche qui pourrait convenir à mon équipe et que j’apprends comment ça fonctionne pour, ensuite, transmettre le tout à l’équipe je ne suis pas à surveiller mon image!
  3. Créer: Lorsque je crée, lorsque je compose, lorsque j’écris comme je le fais présentement, je ne me préoccupe pas de mon image.
  4. Être bienveillant: Il faut se préoccuper du bien-être de son équipe tout en ne s’oubliant pas.

En complément:

  • La force du NOUS par rapport au JE: On peut se demander si lors de nos dernières interactions avec les personnes qui entourent notre équipe nous avons utilisé le mot JE ou le mot NOUS lorsque nous décrivions les réalisations de l’équipe. Cela fait tellement une grande différence car à chaque fois que l’équipe vous entendra parler de NOUS, elle sentira que ce n’est pas votre ego qui a le contrôle. Cela vous permettra d’être un guide, un modèle, tout en faisant partie intégrante de l’équipe.
  • La notion d’élève et de maître : inverser les rôles pour apprendre. Réduire la distance par une rotation constante des rôles. C’est un grand danger qui guette le coach agile car nous sommes reconnus pour notre expérience qui devrait apporter de la valeur à l’équipe. Si, à chaque fois que nous en avons l’occasion réelle, nous arrivons à dire à l’équipe : « Merci, vous venez de m’apprendre quelque chose ». Nous allons créer une relation bidirectionnelle saine.
  • Un ego qui prend trop de place nous enlèvera le droit à l’erreur et pourtant, c’est ce droit à l’erreur qui nous permet d’apprendre. L’apprentissage nourrit notre vie et dynamise notre trajet. Dans une conversation il faut être capable de dire: « Je pense cela mais je peux me tromper ».
  • Pour être accepté dans une équipe on a pas besoin d’être admirés par ses membres. En fait, le meilleur moyen pour y parvenir c’est d’éviter d’être une menace en fournissant de la valeur. Laissons l’équipe puiser notre valeur selon son réel besoin. L’équipe est à même de juger si nous avons de la valeur pour elle. Si l’on est rejeté par une équipe, demandons-nous si notre ego n’amplifie pas notre peine.

Quelques questions à se poser pour mieux gérer son ego?

Plusieurs grands sages parlent de paix intérieure lorsqu’on réussit à réduire l’emprise de notre ego. Encore ici, quelques questions peuvent nous amener à cheminer dans la bonne direction :

  • Quelle est mon intention dans mes gestes professionnels?
  • Où est-ce que je génère de la valeur et pour qui? Et pourquoi?
  • Qu’est-ce qui fait ma valeur pour les autres?
  • Quelles sont mes émotions dominantes?
  • Qu’est-ce qu’il y a de plus important dans ma vie? Et pourquoi?
  • Quelles sont mes forces et expertises?

Nous devons avoir des réponses à ces questions car nous avons le devoir de nous vendre pour que les autres puissent utiliser la valeur qu’on offre. Je me rappelle la réaction d’un collègue à qui je conseillais de se vendre plus.
– « Mais on m’a toujours enseigné de ne pas me vanter ».
C’est là toute la nuance entre se vanter et s’offrir humblement. Ce n’est pas toujours facile.

Nous n’avons jamais tenté de vous convaincre d’éliminer l’ego car il peut être bon d’avoir une bonne estime de soi. C’est la place que cela prend dans notre dynamique qui est importante. Lorsque l’on réfléchit à nos gestes professionnels quotidiens on peut se demander qui est en contrôle, notre ego ou vraiment nous!

Accepter et distribuer des compliments

Il arrivera sûrement que vous ferez un bon coup et qu’on sera reconnaissant. Savourez-le moment mais ne vous rendez pas dépendant de ces marques de reconnaissances. N’hésitez jamais à être reconnaissant envers les autres. Distribuez la reconnaissance aux autres non pas pour nourrir l’estime d’eux-mêmes mais parce qu’ils le méritent au moment où distribuez ces compliments.

On en vient à la notion de donner sans attentes. Ce n’est pas parce que vous donnez de la reconnaissance que les autres vous doivent la pareille. Donner sans attente et recevoir sans attentes, cela permet d’éviter de grandes déceptions qui, de toute manière, ne seraient que la résultante d’un mal fonctionnement de votre ego.

L’énergie

Un ego disproportionné ou mal géré va gaspiller beaucoup d’énergie. Toute cette énergie investie pour plaire aux autres au dépend de notre vraie mission, de nos vraies intentions devrait être conservée pour être distribuée de manière plus rentable pour soi et les autres. Certaines personnes sont tellement fatiguées non pas car elles ont posé beaucoup de gestes mais parce que les pensées associées à leurs comportements ou ceux des autres ont consommé leurs réserves d’énergie.

Conclusion

Vivre sainement avec son ego n’est pas facile pour personne, c’est un travail de tous les instants. Si vous travaillez cela les bénéfices seront grands : Une vie plus équilibrée et plus d’énergie disponible pour livrer plus de valeur.

Vous êtes extraordinaires mais ne vous gonflez pas la tête avec cela, utilisez plutôt cette force pour aider les autres en prenant soin de vous.

Image titre :

Arthur Tress (Américain né en 1940)
Titre: Homme devant un miroir, devant les Twin Towers du World Trade Center,
New York , ca. 1980